La viticulture en Orléanais et à Mardié

Il n'y a, aujourd'hui, presque plus de vignes à Mardié dont l'histoire est pourtant très fortement marquée par la viticulture.

Mardié était, en effet, située au cœur du vignoble de l’Orléanais qui s’étendait tout le long du Val de Loire, de Châteauneuf à Beaugency. Celui-ci remonte, semble-t-il, au haut Moyen-Âge. Les vins de l'Orléanais – surtout les blancs – étaient alors fort réputés pour leur qualité. Mais, dès la fin du XVIe siècle, bon nombre de vignerons, profitant de la proximité de la capitale, vont privilégier la quantité sur la qualité pour écouler des vins bon marché (surtout des rouges) vers les cabarets et tavernes de Paris. Toutefois, même si, à Mardié comme ailleurs, on a alors cherché à commercialiser en masse des vins médiocres, on a su aussi y maintenir une tradition de qualité jusqu'au XIXe siècle grâce, notamment, à certains cépages dont notre terroir s'était fait une spécialité.

Les cépages traditionnels

Dès le XVIIe, les cépages qui avaient jusqu'alors fait la renommée des vins d’Orléans (l’Auvernat noir, c’est-à-dire l’actuel Pinot de Bourgogne pour les rouges, et l’Auvernat blanc - en fait un Chardonnay) reculent au profit de plants à plus fort rendements, dont le célèbre Gris meunier, vanté par les uns mais décrié par d’autres. Quelques cépages anciens ont longtemps subsisté et, à Mardié, notamment, le Samoireau fourchu qui donnait un vin apprécié et de bonne garde.

La culture de la vigne

Culture de la vigne selon la méthode traditionnelle : les ceps sont disposés en silées (lignes) de part et d’autre d’une pouée (sorte de billon de 2,5 pieds de large, soit 80 cm). Les pouées sont séparées par des ornes (dépressions de même largeur). Les viettes (tiges de la vigne) sont liées à des charniers (échalas). Pour éviter qu’ils ne pourrissent en hiver, ceux-ci sont mis en bauge : grosses bottes de charniers ne reposant sur le sol que par une extrémité, l’autre étant soutenue par un chevalet constitué de trois échalas.

Apogée et déclin du vignoble orléanais

La production de vins orléanais ne cesse de croître au XVIIIe siècle : la canal d'Orléans, ouvert à la navigation en 1692, facilite le transport des vins jusqu'à Paris via le Loing et la Seine. Le port de Pont-aux-Moines, parmi d'autres, est un important point d'embarquement. C'est au XVIIIe également que se répandent les pressoirs à roue comme celui qui est conservé à Mardié dans la Maison d'Irène. L’apogée de la production du vignoble orléanais se situe autour de 1830. Le Loiret produit alors plus de 1,5 million d’hl en 1826-1828, années fastes, (7ème département viticole !) sur une superficie de presque 40 000 ha.

Le déclin entamé dès le milieu du XIXe à cause de la concurrence des vins du Midi amenés à Paris par le chemin de fer est accéléré par la crise du phylloxera qui touche notre région à partir de 1876 jusqu’en 1900 environ. De nombreuses vignes doivent être arrachées. Quand elles sont replantées – ce qui n’est pas toujours le cas – c’est avec des plants américains résistant à l’insecte sur lesquels on a greffé les cépages traditionnels, mais aussi de nouvelles variétés plus productives. La surproduction qui suit la crise et la concurrence d’autres régions font chuter les cours dès le début du XXe et le mouvement se poursuit inexorablement après la Première Guerre mondiale. Les surfaces diminuent alors jusqu’à pratiquement disparaître autour de 1960 (sauf dans le secteur de Mareau-aux-Prés et Cléry-Saint-André où a pu se maintenir une tradition de qualité).

Les activités liées à la viticulture

Un tonneau au-dessus du portail de la maison RoutyLa commune de Mardié n’était évidemment pas entièrement viticole (les terres labourables étaient majoritaires en superficie et les bois importants), mais, jusqu'au début du XXe siècle, la vigne occupait la majorité des cultivateurs petits propriétaires et était surtout implantée dans les environs du bourg, sur tout le coteau et la majeure partie de la plaine de la Loire (il y en avait aussi aux Breteaux).

La viticulture entraînait de multiples activités. Ainsi la tonnellerie était pratiquée par plusieurs artisans à Mardié. Certains étaient en même temps tonnelier et négociant en vins (la maison Suplisson par exemple). La maison Routy, au centre du bourg, était à l'origine une entreprise de tonnellerie comme en témoigne un écusson sur la maison ou les tonneaux sculptés de part et d'autre du portail. Puis l'entreprise a évolué vers le négoce du vin et, surtout, la fabrication du vinaigre qui en est devenu l'activité principale et qui a duré jusqu'au milieu des années 1960. D'autres négociants en vins et vinaigres ont laissé de belles demeures à Mardié, dans le secteur du port et de l'écluse notamment, preuve de la prospérité de ces activités jusqu'à la Première Guerre mondiale.

La distillation du marc pour la production d’eau de vie était aussi pratiquée à Mardié qui a compté jusqu'à deux bouilleurs. Une maison de la distillation est conservée et se visite à Bou, de même qu'un musée de la tonnellerie à Chécy.

Alambic ambulant à Mardié - milieu du XXe siècle