L'église Saint-Martin de Mardié

L’église de Mardié, placée sous le patronyme de Saint Martin, se remarque surtout, et de fort loin, par son clocher roman très élancé (35 mètres de hauteur totale). Bien que typique du Val de Loire, il est d’une élégance très particulière. Inscrit depuis 1926 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. L’ensemble de l’édifice, assez vaste, présente néanmoins bien d’autres centres d’intérêt. L’église est d’ailleurs inscrite dans son ensemble depuis 2006. Elle date, pour l'essentiel, de la période romane XIe et XIIe siècles. Le clocher puis les façades viennent d'être restaurés.

A l’intérieur, la nef est séparée du chœur par un étonnant arc triple (dit “ passage berrichon ”). Le chœur est lui aussi roman, au moins dans ses parties basses bordées par de beaux arcs qui le séparent des bas côtés. Il est surmonté d’une voute à croisée d’ogive élevée qui repose sur des “culs de lampe” historiés de figures humaines ou animales et surmontés de corbeilles végétales. Ces chapiteaux sont une des grandes originalités de cette église.

Les origines

La tête d'un chanoine ?L’occupation humaine est très ancienne à Mardié : les objets préhistoriques ou celtiques qu’on y a trouvés le prouvent. Le nom Mardiacus est probablement d’origine gallo-romaine et pouvait désigner une villa, un vaste domaine agricole. A quel moment le village s’est-il constitué, quand a été construite la première église ? En l’absence de fouilles archéologiques, il est impossible de le dire.

Un texte atteste toutefois la présence d’une église au début du Xe siècle. Cela correspond à l’époque (IXe-Xe) où les populations rurales européennes, jusque-là dispersées et peu sédentarisées, se regroupent en villages serrés autour d’une église et de son cimetière (vivants et morts se rassemblent en une même communauté), à l’abri, ou dominés par un château seigneurial.

L’église et la paroisse de Mardié ne dépendent toutefois pas d’un seigneur laïc mais, dès cette haute époque, du chapitre de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans (l’assemblée des chanoines, communauté de prêtres qui entourent l’évêque) qui y possède de nombreuses terres et en est ainsi le seigneur spirituel et temporel – ce qui durera jusqu’à la Révolution.

L’église actuelle présente une architecture majoritairement romane mais elle été l’objet de nombreux ajouts ou modifications qui sont autant de témoignages des évolutions religieuses, sociales ou économiques qu’a connues notre village depuis presque dix siècles.

La façade et la nef occidentale

La première nef (1), longue de 16m et large de 9m, est la partie la plus ancienne de l’église. La porte sud (2) ainsi que le portail principal (3) et la baie au-dessus semblent dater du milieu ou de la deuxième moitié du XIe siècle : les arcs en plein cintre et constitués de claveaux (pierres taillées en trapèze) étroits et irréguliers sont typiques du style roman assez précoce. On sait qu’après l’an 1000 les constructions d’églises se multiplient. Cela correspond à une période de croissance démographique et économique, à un modeste enrichissement des communautés villageoises (et des seigneurs) qui permet d’affecter une partie des ressources à la construction d’églises en pierres pour remplacer les édifices primitifs en bois. Cela pourrait bien être le cas à Mardié.

Cette partie a été plusieurs fois modifiée. Certaines ouvertures ont été obturées, remaniées ou créées ; la charpente, la toiture et le plafond sont plus récents (XVIIe ?). Un porche en forme d’auvent, avec des murs latéraux de pierre et des poteaux de bois était placé devant la façade. Il servait de lieu de réunion et c’est là que, jusqu’à la Révolution, les paysans devaient payer le cens aux chanoines ou à leurs représentants. Il a malheureusement été démoli à la fin du XIXe.

Le clocher

Le clocher (4) est une tour carrée dont la base est en partie intégrée à l’église, en partie extérieure, selon un modèle fréquent en Val de Loire. Il est d’un style roman homogène et très sobre, sans aucun ornement, typique du XIIe siècle. Solidement campé avec ses belles pierres de taille, il pourrait avoir l’air massif, mais l’allègement progressif des contreforts, ses triples ouvertures sur chaque face, procurent une grande impression de stabilité, d’équilibre et d’harmonie. Sa flèche audacieuse (qui s’élève à 35 mètres) lui donne de l’élan et lui confère une personnalité tout à fait singulière. La tourelle d’accès (5), avec sa porte de style renaissance, date du XVIe.

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sur le clocher

Le chœur, les voûtes, les chapiteaux

Arcs "romans" des collatéraux, voutes "gothiques" de la nefLa deuxième nef à voûtes de pierres (qui fait office de chœur aujourd’hui) (6), longue de 18m et haute de 8,5m et les deux collatéraux nord (7) et sud (8) ont sans doute été construits en même temps que le clocher, ou juste après, au cours d’une ou plusieurs campagnes de travaux. Il est probable que cet espace (dont l’axe n’est pas exactement aligné avec celui de la première nef) était, à l’origine, réservé aux chanoines, les paroissiens restant dans la nef.

La transition entre les deux nefs se fait par ce que l’on appelle un “passage berrichon”(9) en trois arcs : un arc central monumental, deux arcs beaucoup plus bas de chaque côté, celui du nord étant rendu très étroit par les forts piliers qui servent de base au clocher. Cette nef est à trois travées. Les arcs entre les travées et les collatéraux, tous différents, sont de style roman, soit brisés, soit en plein cintre. Les voûtes, en croisée d’ogive, qui reposent sur des culs-de-lampe (demi chapiteaux noyés dans le mur) et non sur des colonnes, pourraient remonter à la période de transition entre le roman et le gothique, la 2ème moitié du XIIe (par contre les ogives des collatéraux, elles, sont en plâtre, rajoutées au XIXe ; purement décoratives, elles recouvrent les voûtes d’origine en pierres).

Ces culs-de-lampe sont décorés de mystérieuses têtes humaines ou animales surmontées de corbeilles végétales à la facture très attachante et qui sont une des richesses de cette église (A à F, voir également G à J). Leur interprétation est très difficile. A priori, les animaux représentés sont plutôt connotés négativement, notamment le loup (cruel), le porc (sale et impur), l’ours (réputé lubrique). Mais au Moyen-Age, les symboles peuvent avoir plusieurs sens : le bœuf, fort et courageux, est aussi sous le joug, privé de liberté. En outre ces quatre animaux ont fait l’objet de cultes païens anciens…

La construction du clocher et de cette seconde nef – dont les travaux de restauration ont montré la très belle qualité de la maçonnerie – témoigne de la prospérité de la paroisse (déjà viticole, probablement) et des chanoines d’Orléans qui en tirent les bénéfices. C’est aussi un témoignage de l’ardeur médiévale à glorifier Dieu, à s’élever vers lui de la manière la plus éclatante possible.


Tête de cochon (ou sanglier ?)Tête de loup ou de chien












La charpente qui couvre la voûte gothique semble très ancienne avec, peut-être, quelques pièces d’origine (XIIe). Les accès en sont toutefois délicats.

La chapelle sud et le chevet

La partie orientale de l’édifice (en partie inaccessible) date d’une tout autre époque.

A droite de la nef, côté sud, s’ouvre une chapelle (10) qui est la seule partie de l’église renseignée par un écrit : initialement dédiée à St-Mathurin, elle date du milieu du XVe siècle. Mais elle a été séparée de l’église au moment de la Révolution et a servi de logement et même d’école avant d’être rendue au culte, puis largement restaurée en 1880 et alors dédiée à St-Rémi (les transformations opérées sont telles qu’il est difficile de dire, aujourd’hui, ce qui est du XVe ou du XIXe).

La liaison entre cette chapelle et le collatéral est d’un style très différent des parties plus anciennes de l’église : un arc (11) de pierres plus blanches et plus fines, dont les moulures viennent se fondre dans des piliers ondulés. C’est typique de la Renaissance et cela témoigne des transformations entreprises à cette époque (avec la tourelle d’accès au clocher et la modification de la fenêtre du mur nord).

Les deux portes ménagées dans le mur Est donnent sur des pièces qui font actuellement office de sacristie (12) et de salle de catéchisme (13) mais qui sont, en fait, les vestiges d’un important agrandissement entrepris à la Renaissance. On y voit les départs de piliers identiques à celui de la chapelle St-Mathurin et, surtout, de l’extérieur, un grand arc aveugle donnant vers le sud (14). Différents indices laissent penser que les travaux ont été interrompus lors des guerres de religion et jamais repris. Cela explique le mur plat du fond de la nef, ultérieurement percé des trois baies en lancette, et, à l’extérieur, cet aspect tout à fait inhabituel et, manifestement, inachevé.







Les aménagements successifs

D’autres transformations, de moindre ampleur, ont affecté notre église au cours des siècles suivants : nouvelle charpente au-dessus de la première nef (début XVIIe ?), ouverture ou modification des fenêtres, “embellissements” divers, selon les goûts de chaque époque, notamment au XIXe (construction de la tribune en bois, fausses ogives des collatéraux…) et au XXe (nouvel autel au centre de l’église, enlèvement de la plupart des décors antérieurs…)


Les vitraux datent du XIXe. Ceux de la grande baie nord (K) et des trois lancettes (L) sont dédiés à St-Martin à qui l’église est consacrée et dont on peut admirer une belle statue (XVIIIe ou début XIXe ?), ceux du collatéral sud (M & N) à la Vierge.


Arcs "romans" des collatéraux, voutes "gothiques" de la nef

























Il faut signaler, enfin, l’obus “prussien” de la guerre de 1870-71, venu se ficher dans le mur nord (15), sans exploser. Si l’impact fut bien réel, il n’est pas certain que l’objet visible actuellement soit authentique…

C’est bien la superposition de tous ces éléments architecturaux d’époques si différentes qui a justifié le classement de notre église et qui, surtout, lui donne tout son intérêt et son originalité. Le but de la très importante campagne de travaux en cours est, à la fois, d’assurer la pérennité de l’édifice et de le mettre en valeur. Les vitraux ont tous été nettoyés et rénovés en 1997 et 1999. Le clocher a été entièrement réparé et restauré en 2014, les façades en 2016-2017, ainsi que, partiellement, l’intérieur dont les finitions (enduits, peintures, éclairage…) sont programmées pour 2019-2020.



Chapiteaux

A : homme montrant ses dents.
B : loup.
C : homme chantant ou criant.
D : cochon.
E : bœuf.
F : ours.
G : femme échevelée.
H : homme montrant ses dents.
i : homme encapuchonné.
J : tête d’homme ou de femme.

Vitraux

K : translation des reliques de Saint Martin.
L : Vie de Saint : Martin (la charité, la vision, les Tourangeaux le veulent pour évêque.)
M : nativité
N : la Vierge enseignant.

Crédits

Document réalisé par l’Association
 « De Mardiacus à Mardié » 
pour la valorisation de l’histoire et du patrimoine de Mardié 
à partir des travaux de Charles de Beaucorps (1879-1926), 
de M. Antoine LERICHE, architecte et de Mme Caroline des BUTTES (DRAC Centre), 
avec l’aide de M. Michel MARINIER (✝), de Mmes Carole LALLET (INRAP),
Anne-Laure MOREL (Université Paris Est), Isabelle ORSINI.

Avec le soutien de la Mairie de Mardié.

Texte et photos : Jacques THOMAS.