L’église Saint Martin

L’église de Mardié, placée sous le patronyme de Saint Martin, se remarque surtout, et de fort loin, par son clocher roman très élancé (35 mètres de hauteur totale). Bien que typique du Val de Loire, il est d’une élégance très particulière. Inscrit depuis 1926 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, il vient d’être remis en valeur par une superbe restauration (2014). L’ensemble de l’édifice, assez vaste, présente néanmoins bien d’autres centres d’intérêt. L’église est d’ailleurs inscrite dans son ensemble depuis 2006. Les murs nord et sud ainsi que la façade occidentale, qui vont à leur tour être restaurés, sont romans mais ont été profondément remaniés.

A l’intérieur, la nef est séparée du chœur par un étonnant arc triple, de type roman berrichon. Le chœur est lui aussi roman, au moins dans ses parties basses bordées par de beaux arcs qui le séparent des bas côtés. Il est surmonté d’une voute à croisée d’ogive élevée qui repose sur des “culs de lampe” historiés de figures humaines ou animales et surmontés de corbeilles végétales. Ces chapiteaux sont une des grandes originalités de cette église.

Les origines

La tête d'un chanoine ?L’occupation humaine est très ancienne à Mardié : les objets préhistoriques ou celtiques qu’on y a trouvés le prouvent. Le nom Mardiacus est probablement d’origine gallo-romaine et pouvait désigner une villa, vaste domaine agricole. A quel moment le village s’est-il constitué, quand a été construite la première église ? En l’absence de fouilles archéologiques, il est impossible de le dire. Un texte atteste toutefois la présence d’une église au début du Xe siècle. Cela correspond à l’époque (IXe-Xe siècles) où les populations rurales européennes, jusque-là dispersées et peu sédentarisées, se regroupent en villages serrés autour d’une église et de son cimetière (vivants et morts se rassemblent en une même communauté), à l'abri d’un château. L’église et la paroisse de Mardié ne dépendent toutefois pas d’un seigneur mais, dès cette haute époque, de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans et de son chapitre (assemblée des chanoines) qui y possède de nombreuses terres et en est ainsi le seigneur spirituel et temporel – ce qui durera jusqu’à la Révolution. La prospérité économique du chapitre et ses importantes fonctions spirituelles expliquent sans doute la qualité de la construction et l’originalité des décors de l'église du village.

L’église actuelle présente une architecture fort hétérogène, liée aux nombreux remaniements dont elle a été l’objet et qui sont autant de témoignages des évolutions religieuses ou économiques qu’a connues notre village depuis presque dix siècles.

La façade et la nef occidentale

La partie la plus ancienne de l’église est sans aucun doute la façade occidentale (1) (dans laquelle s’ouvre le porche principal) et la première nef (2). Les murs et les contreforts simples, les ouvertures (du moins celles qui semblent d’origine) étroites, en plein cintre et à petits claveaux, sont de style roman. On sait qu’après l’an 1000 les constructions d’églises se multiplient. Sans qu’il soit possible d’être plus précis, la nôtre semble bien dater de ce XIe siècle (ou tout début XIIe) qui correspond à une période de croissance démographique et économique, à un modeste enrichissement des communautés villageoises (et des seigneurs) qui permet d’affecter une partie des ressources à la construction d’églises en pierres.
Cette partie a été plusieurs fois modifiée. Certaines ouvertures ont été obturées, remaniées ou créées ; la charpente, la toiture et le plafond sont plus récents. Un porche en forme d’auvent, avec des murs latéraux de pierre et des poteaux de bois était placé devant la façade. Il servait de lieu de réunion et c’est là que, jusqu’à la Révolution, les paysans devaient payer le cens aux chanoines ou à leurs représentants. Il a malheureusement été démoli à la fin du XIXe siècle.

Le clocher

Le clocher (3) est une tour carrée dont la base est en partie intégrée à l’église, en partie extérieure, selon un modèle fréquent en Val de Loire. Il est d’un style roman très sobre, sans aucun ornement, typique du XIIe siècle. Solidement campé avec ses belles pierres de taille, il pourrait avoir l’air massif, mais ses triples ouvertures en plein cintre sur chaque face, l’allègement progressif des contreforts, procurent une grande impression de stabilité, d’équilibre et d’harmonie. Sa flèche audacieuse (qui s’élève à 35 mètres) lui donne de l’élan et lui confère une personnalité tout à fait singulière. Il est très probable qu’on y accédait, à l’origine, depuis l’église, mais l’accès extérieur actuel, avec sa porte de style renaissance, date du XVIe siècle.

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Le chœur, les voûtes, les chapiteaux

Arcs "romans" des collatéraux, voutes "gothiques" de la nefLa deuxième nef à voûte de pierres (4) et les deux collatéraux nord (5) et sud (6) ont sans doute été construits (ou commencés) en même temps que le clocher, ou juste après, au cours d’une ou plusieurs campagnes de travaux, du XIIe au début du XIIIe siècle, à l’époque de la transition entre le roman et le gothique.
Le passage entre les deux nefs (qui ne sont pas exactement dans le même axe) se fait par trois arcs (7) : un arc central monumental, deux arcs beaucoup plus bas de chaque côté, celui du nord étant rendu très étroit par les forts piliers qui servent de base au clocher. Cette nef, qui fait office de chœur, est à trois travées. Les arcs des travées sont de style roman, soit brisés, soit en plein cintre. A l’est, un mur, percé en hauteur d’une triple baie, clôt l’ensemble, formant un chevet plat. Deux niches abritent des statues en terre, malheureusement badigeonnées en blanc : St-Martin, dédicataire de l’église, côté nord et la Vierge, côté sud.
Les voûtes, en croisée d’ogive, qui reposent sur des culs-de-lampe et non directement sur les piliers, ont été réalisées en dernier, peut-être même postérieurement à la construction du vaisseau et sont de style gothique (par contre les voûtes apparentes des bas-côtés, elles, sont fausses et en plâtre, rajoutées au XIXe siècle). Ces culs-de-lampe sont décorés de feuillages et de mystérieuses têtes animales ou humaines à la facture assez fruste mais néanmoins très attachante et qui sont une des richesses de cette église. La construction du clocher, de la nef et des voûtes témoigne de la prospérité de notre paroisse (et des chanoines d’Orléans qui en tirent les bénéfices) et de leur ardeur à glorifier Dieu, à s’élever vers lui de la manière la plus éclatante possible.

Tête de cochon (ou sanglier ?)

La charpente qui couvre la voûte gothique semble très ancienne, avec, peut-être, le réemploi de quelques pièces d’origine (XIIe). Les accès en sont toutefois délicats.

La chapelle sud et le chevet

A droite, côté sud, s’ouvre une chapelle (8) qui est la seule partie de l’église renseignée par un écrit : initialement dédiée à St-Mathurin, elle date du milieu du XVe siècle. Mais elle a été séparée de l’église au moment de la Révolution et a servi de logement et même d’école avant d’être rendue au culte en 1866, puis largement restaurée en 1880 et alors dédiée à St-Rémi (les transformations opérées sont telles qu’il est difficile de dire, aujourd’hui, ce qui est du XVe siècle ou du XIXe).

La liaison entre cette chapelle et le chœur est d’un style très différent des parties plus anciennes de l’église : un arc de pierres plus blanches et plus fines, dont les moulures viennent se fondre dans des piliers ondulés. C’est typique du XVIe siècle et cela témoigne des transformations entreprises à cette époque. Outre l’accès extérieur au clocher, le mur nord, à l’opposé de la chapelle St-Mathurin/St-Rémi, est percé d’une fenêtre Renaissance. Les deux portes ménagées dans le mur est donnent sur des pièces (9) qui font actuellement office de sacristie et de salle de catéchisme mais qui sont, en fait, les vestiges d’un important agrandissement entrepris à la Renaissance. On y voit les départs de piliers identiques à celui de la chapelle St-Mathurin et, surtout, de l’extérieur, un grand arc aveugle donnant vers le sud. Mais pendant les guerres de religion, peut-être en 1567 comme à Chécy, les Huguenots d’Orléans ont saccagé l’église. Les travaux d’agrandissement n’ont jamais été repris, ce qui donne au chevet, vu de l’extérieur, cet aspect tout à fait inhabituel et, manifestement, inachevé.

Les aménagements successifs

D’autres transformations, de moindre ampleur, ont affecté notre église au cours des siècles suivants : nouvelle toiture, au-dessus de la première nef, au XVIIe, “embellissements” divers, selon les goûts de l’époque, au XIXe (tribune en bois, fausses voûtes des collatéraux et de la chapelle St-Rémi, plafond de lambris en berceau, vitraux) et au XXe (nouvel autel au centre de l’église, badigeonnage des murs ou des statues). Les vitraux datent du XIXe siècle. Ceux de la grande baie nord et du chevet sont dédiés à St-Martin, ceux du collatéral sud à la Vierge. Ils ont tous été nettoyés et rénovés en 2001-2004. Il s’agit des derniers travaux d’ampleur entrepris dans cette église qui a été inscrite, dans son ensemble, sur l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 2006.
C’est bien la superposition de tous ces éléments architecturaux d’époques si différentes qui a justifié le classement de notre église en 2006 et qui, surtout, lui donne tout son intérêt et son originalité. Les travaux en cours, en plusieurs tranches, devraient lui redonner tout son éclat.