Les sources de l'histoire de Mardié

Bien des pans de l’histoire de Mardié restent encore largement méconnus. Aucune fouille archéologique sérieuse n’y a été entreprise, des archives sont irrémédiablement perdues et beaucoup d’autres pas encore dépouillées. Pour autant, des historiens se sont attelés à la tâche et il faut en citer deux :
- Charles de BEAUCORPS (1887-1926), archiviste de son métier, qui s’est beaucoup intéressé à l’histoire de sa commune d’origine et a laissé de nombreux manuscrits.
- -Georgette ALLARD (1925-1987), historienne amateur et auteure dans les années 1970 d’une Petite histoire de Mardié s’appuyant sur les travaux de Charles de Beaucorps mais aussi sur de nombreuses recherches personnelles.

Aujourd’hui, l’association De Mardiacus à Mardié, créée en 2009, s’applique à poursuivre les recherches. C’est de ces différents travaux, et de ceux de quelques historiens locaux, que sont tirés les éléments qui suivent.

Préhistoire et Antiquité

Une occupation très ancienne

Le site de Mardié, sur le sommet du coteau dominant le lit majeur de la Loire et la vallée du Cens est évidemment favorable à l’occupation humaine. De nombreux outils préhistoriques des périodes paléolithiques et néolithiques ont été découverts sur le territoire de la commune, sans qu’il n’y ait jamais eu de recherches archéologiques systématiques. Un tumulus, la Butte-Moreau, à la limite des communes de Mardié et Donnery, dans le secteur des Breteaux, a été fouillé en 1883, avec les méthodes de l’époque. C’est une tombe celtique appartenant la culture dite "Hallstatt" (VIe siècle av. J.-C.) qui a livré des objets intéressants aujourd’hui dispersés.

Le pont et la voie romaine

Faute de recherches archéologiques, la période gallo-romaine est mal renseignée. Les vestiges d’habitat sont pourtant bien présents, dans le secteur du Bourg ou à Latingy par exemple. Surtout, l’importante voie romaine qui menait d’Orléans à Autun et à Lyon, capitale des Gaules, franchissait le Cens au lieu-dit Pons Ossantiae (le pont sur l’Oussance). L’actuelle avenue de Pont-aux-Moines suit probablement le même tracé que l’antique voie qui, cependant, à l’Est du village, passait un peu plus au sud que la route moderne.

Le village à l’époque féodale (du Moyen-Âge au XVIIIe siècle)

Origine de Mardié

Le nom de Mardiacus n’apparaît dans des documents écrits qu’au Haut Moyen Âge, peu avant l’an 1000 – sans que l’on puisse en expliquer l’étymologie de façon certaine : lieu d’un ancien culte dédié au dieu Mars ou nom d’une grande propriété, aucune hypothèse ne peut être privilégiée. Comme dans toute l’Europe occidentale, c’est probablement au VIIIe ou IXe siècle, peut-être un peu plus tôt, que se constitue le village actuel et que s’organise la paroisse autour d’une église primitive, probablement en bois et entourée du cimetière.
Les moines de Marmoutier (près de Tours), fuyant les exactions des Vikings, seraient passés par Mardié vers 870 avec les précieuses reliques de Saint Martin. A moins que ce ne soit lors de leur retour en 886. Toujours est-il que l’église paroissiale prend le nom de Saint-Martin et que la fête en est fixée au 4 juillet, solennité de la translation des reliques du Saint, apôtre et patron des Gaules (aujourd’hui, la fête du village reste le 1er dimanche de juillet).

L'église et le prieuré

La première église en pierre, l’actuelle nef occidentale, de style roman très simple, pourrait dater de la fin du XIe siècle ou du tout début du XIIe. À cette même époque, en 1075 exactement, est crée un prieuré clunisien près du pont sur l’Oussance : le lieu devient Pons Monachorum (Pont-aux-Moines). Ce prieuré, qui n’a jamais abrité que quelques moines (deux moines et un prieur le plus souvent), a néanmoins fortement marqué la vie de notre commune et celle de Chécy pendant huit siècles. Mais son domaine est largement amputé par la construction du canal (fin XVIIe) et il disparaît avec la Révolution. Des anciens bâtiments conventuels, il ne reste aujourd’hui que le porche de la chapelle, situé sur une propriété privée. Durant toute la période féodale, et jusqu’à la Révolution, le seigneur de Mardié, qui perçoit l’impôt et rend la justice – du moins dans le Bourg et ses alentours, est un établissement ecclésiastique, le Chapitre de la cathédrale Sainte-Croix d’Orléans. C’est sous son autorité que sont construits le clocher roman et le chœur de l’église au XIIe, puis les voutes gothiques au XIIIe. La vigueur et la qualité du bâti montrent que les chanoines et la paroisse étaient relativement riches. Dès cette époque, en effet, la vigne est implantée à Mardié comme dans tout le Val orléanais et procure des revenus importants à ceux qui la possèdent.

Seigneuries et grands domaines

Outre le Chapitre de Ste Croix et le prieuré, quelques petites seigneuries existent sur le territoire de la paroisse (La Perrière, Maizière, etc…). Des restes de motte féodale ou de douves sont encore visibles au lieu anciennement dit Fief Bouchet qui dominait le Cens à la limite des paroisses de Mardié et de Donnery, ou à La Bretauche près de l’actuel château d’eau. Le système féodal est extrêmement complexe, tant pour les droits sur les terres, la perception des impôts, la justice, les hommages dus aux uns par les autres. Le Chapitre de Sainte-Croix garde néanmoins le titre de Seigneur de Mardié et la propriété, directe ou éminente, de nombreuses terres et, singulièrement, des vignes parmi les meilleures du terroir (au Clos Saint-Martin par exemple). Le Clos de l’Aumône tire peut-être son nom de l’ancienne maladrerie qui était installée à Pont-aux-Moines, à la place de l’actuelle épicerie dit-on, mais aucun document ne l’atteste.
Le hameau des Breteaux semble avoir été rattaché à la paroisse de Mardié dès le XIIe siècle, on ne sait pourquoi. Cela imposait à ses habitants d’assister aux offices dans l’église du bourg et donc de s’y déplacer, ce qui se faisait en groupe – et à pied, bien sûr. Par contre, sur le plan féodal, la majeure partie des Breteaux dépendait, du seigneur de Donnery (château d’Allone).
Une autre seigneurie se constitue au début du XIVe à Latingy, entre Mardié et Saint-Denis-de-l’Hôtel. Les seigneurs de Latingy, les familles Anjorrant puis leurs descendants Hue de Miromesnil (propriétaires jusqu’en 1791), ont plusieurs fois essayé de s’attribuer le titre de Seigneur de Mardié, mais les chanoines de Sainte-Croix ont réussi à s’y opposer et à garder leur titre. Latingy n’en est pas moins demeuré la plus vaste propriété de Mardié. C’est là qu’est né, en 1723, Armand Thomas Hue de Miromesnil qui deviendra garde des sceaux (ministre de la justice) de Louis XVI de 1774 à 1787 – c’est lui qui fera abolir la question préparatoire, autrement dit la torture infligée à un accusé pour obtenir des aveux.

Guerre de Cent Ans, et guerres de religion

SI près d’Orléans, une des plus grandes villes du royaume, et sur d’importantes voies de communication, Mardié ne peut être resté à l’écart des grands événements nationaux, mais nous n’en avons, pour l’instant, aucun témoignage précis jusqu’à la Révolution. Citons néanmoins la Guerre de Cent Ans et l’occupation anglaise autour d’Orléans assiégée : des escarmouches étant avérées à Chécy, il est plus que probable que notre village ait été concerné. Quoi qu’il en soit, le déclin démographique et économique du XIVe siècle l’a forcément touché, suivi d’une reconstruction (plusieurs maisons du bourg pourraient dater de la fin du XVe, notamment celle qui abrite actuellement le pressoir).
Les guerres de religion, particulièrement cruelles en Orléanais, semblent avoir eu au moins une conséquence importante à Mardié : d’ambitieux travaux d’agrandissement de l’église sont brutalement interrompus (et ne seront jamais repris) suite aux exactions des huguenots à l’Est d’Orléans dans les années 1560. C’est ce qui donne cet aspect inachevé à toute l’extrémité orientale de notre église.

L'agriculture

Pendant toute la période féodale, du Haut Moyen-Âge jusqu’à la Révolution, l’économie de Mardié est basée, bien entendu, sur l’agriculture. Les recherches historiques sur l’économie rurale sont loin d’être complètes et bien du travail reste à faire, notamment à partir des archives notariales. Dans l’état actuel des connaissances, on peut néanmoins apporter quelques indications.
Nous ne savons pratiquement rien de l’agriculture médiévale sur notre terroir si ce n’est que la vigne a dû y être introduite très tôt et que les terres labourables étaient probablement de piètre qualité, beaucoup de redevances se payant en seigle et non en froment.
Les XVIIe et XVIIIe siècles nous sont mieux connus, notamment grâce à l’important travail de Mme Karine PELLÉ-PINAULT sur le domaine de Latingy. Les matrices du cadastre établi en 1804-1805, malheureusement incomplètes, permettent d’estimer l’occupation des sols au tout début du XIXe, sachant que les évolutions sont très lentes dans ce domaine.
On aurait alors la répartition suivante :
Vignes 15% - Terres labourées 55% - Près et pâtures 8% - Bois 15% - Divers 3%

Les terres vouées à la culture céréalière occupent donc une grosse moitié du terroir, plus que dans les communes voisines (Chécy, Saint-Jean-de-Braye, plus viticoles). Ces terres sont, pour beaucoup, exploitées dans des fermes relativement vastes et propriété nobiliaire ou bourgeoise (la Patazerie, L’Étang, la Gaillardière, Genon, la Glazière, etc…)
Si la surface de vigne est bien moindre, la viticulture occupe une large partie de la population : les cultivateurs se disent majoritairement vinerons. Il y a des vignes sur un peu toute la commune, y compris aux Breteaux qui compte plusieurs Clos, mais elles se concentrent autour du Bourg, sur le coteau et dans la plaine de la Loire. On connaît mal, actuellement, le régime de propriété de la vigne, partagée, mais dans quelle proportion, entre petite propriété individuelle et propriété nobiliaire, ecclésiastique ou bourgeoise. Sur la viticulture, qui a tant marqué l’identité de note village, voir la rubrique La viticulture en Orléanais et à Mardié.
Les prés, terres particulièrement précieuses, se trouvent essentiellement le long de la rivière et permettent le nourrissage des animaux. Le terme pâture désigne, à l’inverse, les friches ou landes impropres à la culture. Les bois, enfin, sont relativement importants et situés autour de Latingy et entre Pont-aux-Moines et les Breteaux.
Pour compléter ce volet de l’histoire agricole de notre village, signalons l’existences de moulins à vent : il y en a 4 en 1804, dont 3 situés dans l’actuelle rue… des Moulins (à l’époque chemin de la Tuilerie) et un rue Georges Sirot (alors rue Bélie). Le moulin à eau date de la Révolution.

La route, le canal, le commerce

L’agriculture n’est pas la seule activité économique à Mardié. La commune est aussi marquée par le trafic lié à la route puis au canal.
On a vu l’ancienneté de la route. Il semble bien que ce Grand Chemin pour aller d’Orléans à Jargeau tel qu’il est nommé sur un relevé d’arpenteur de 1643, ait gardé très longtemps le même tracé que l’antique voie romaine. C’est vers 1775 que la route est "redressée" et devient une ligne droite de la sortie de Pont-aux-Moines (lieu dit Le Pavé ou Le Haut Pavé…) jusqu’à Saint-Nicolas, à l’entrée de Saint-Denis-de-l’Hôtel, sous le nom de Route royale n°152 de Briare à Angers.
C’est à cette même époque qu’est créé un relais de Poste à Pont-aux-Moines (le premier en venant d’Orléans, le suivant se trouvant à Châteauneuf/Loire). Mais, à part la poste et deux ou trois auberges, il ne semble pas que la route ait généré beaucoup d’activités. Pont-aux-Moines est cependant resté le cœur commerçant de la commune.
Le canal joue un rôle très important dès son ouverture à la navigation (1692). Rappelons qu’il a été conçu d’abord pour écouler le bois de la forêt d’Orléans (qui appartient au Duc d’Orléans, frère du Roi) vers le Loing et, ensuite, la Seine et Paris. Le projet devient vite plus ambitieux puisqu’il s’agit de relier la Loire à la Seine par un trajet plus court que le canal de Briare achevé 50 ans plus tôt. Le premier concepteur du canal (on dirait ingénieur aujourd’hui) est Robert Mahieu. Après l’ouverture du canal, ce dernier devient receveur du canal à Pont-aux-Moines et il est enterré dans l’église de Mardié à sa mort en 1713.
Le canal connaît très vite un succès considérable malgré les difficultés (problèmes d’étanchéité, de fragilité des berges, de manque d’eau en été) et plus de 2000 bateaux le parcourent chaque année pendant tout le XVIIIe. On ne sait pas quelle est l’importance du port de Pont-aux-Moines à cette époque (probablement moindre qu’au siècle suivant), mais c’est là que les bateaux s’acquittent du droit de passage et que siège la justice du canal pour son versant Loire. Il est probable que le négoce du vin, au moins, s’y soit développé.
A la fin du XVIIIe, la paroisse de Mardié peut compter autour de 700 habitants (y compris les Breteaux). L’agriculture domine bien évidemment, mais il y a déjà d’autres activités qui pourront croître au siècle suivant. La Révolution, cependant, apportera surtout des bouleversements politiques et sociaux.

Mardié de la Révolution aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale (1789 – vers 1960)

Chapitre en cours d'écriture